RLF (Revue Laitière Française) 20 mai 2015 à 08h00 | Par ANNE-MARIE PAULAIS

Canada, Nouvelle-Zélande, États-Unis comment font-ils ?

Les quotas c'est fini. En France, producteurs et coopératives s'inquiètent de l'absence de systèmes de régulation au niveau européen. Coup d'oeil sur ce qui se passe au-delà des océans.

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La contractualisation « à la française » est en cours d'audit. Après avoir soutenu la mise en place en 2014, d'un observatoire européen, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) appelle de ses voeux, tout comme la Fédération nationale des producteurs de lait, un système de gestion de crise au niveau européen « obligatoire et équitable » avec des outils d'intervention « mobiles et réactifs » , ainsi qu'un mécanisme de sécurisation des marges, à l'exemple de celui du Farm Bill américain. De quoi s'agit il ? Petit tour de ce qui se fait hors d'Europe pour la gestion des marchés laitiers.

 

LA GESTION DE L'OFFRE : D'UN EXTRÊME À L'AUTRE

Lors de la journée « Grand angle lait » organisée par l'Institut de l'élevage, Daniel-Mercier Gouin, titulaire de la chaire de politique agricole à la faculté des sciences de l'agriculture de Québec, chercheur invité de l'Institut de l'élevage a proposé à l'assemblée une analyse des trois modèles : néo-zélandais, états-uniens et canadiens.

Comment gérer le marché des produits laitiers ? À cette question, en fonction de leur propre stratégie, les différents pays de la planète apportent des réponses contrastées, voire opposées. Ainsi, au Canada, pays tourné vers l'approvisionnement de son marché intérieur, la gestion de l'offre est très stricte tandis que la Nouvelle-Zélande qui exporte plus de 90 % de sa production laitière ne connaît pas d'outil de régulation, ni de filet de sécurité. Au Canada, l'offre est administrée à partir d'un quota de demande totale en matière grasse, les producteurs sont financièrement responsables des surplus, les prix d'objectif sont calculés annuellement en fonction des coûts de production. Ceci a eu pour conséquences, depuis 1981, une croissance régulière des prix et des revenus des producteurs. À l'inverse en Nouvelle- Zélande, sans régulation et sans paiements directs, les prix payés aux producteurs ont suivi les fluctuations des cours mondiaux.

 

AUX ÉTATS-UNIS, LE FARM BILL 2014/2018

Les États-Unis jouent désormais à la fois le marché et l'assurance- marge et développent leurs exportations. En effet, le nouveau Farm bill 2014/ 2018 dont on commence à percevoir les effets après l'abandon des soutiens directs repose sur un programme de dons des produits laitiers aux associations : le DPDP (dairy product donation program) et sur une assurance marge, le DMPP (dairy margin protection program).

Le premier dispositif permet de dégager le marché et de faire remonter les cours grâce à des dons alimentaires. Dès que la marge sur coût alimentaire (prix du lait-coût alimentaire) est inférieure à 69 euros les 1 000 litres, le ministère de l'Agriculture a obligation d'acquérir les produits laitiers au prix du marché pour les donner à des banques alimentaires. Il ne peut pas les entreposer pour un usage ultérieur et l'intervention est limitée à trois mois. Le deuxième dispositif est une assurance marge à plusieurs niveaux de garantie. Il se déclenche, lui aussi, dès que la marge sur coût alimentaire (en moyenne sur deux mois) est inférieure à 69 euros les 1 000 litres et compense à cette hauteur. Les producteurs peuvent prendre une assurance complémentaire couvrant jusqu'à 138 euros les 10 000 litres entre 25 % et 90 % de leur production. La prime augmente pour des livraisons supérieures à 1,76 million de litres correspondant à un troupeau d'environ 200 vaches. Le coût de la protection est de 100 dollars jusqu'au 1er niveau, puis il atteint 13 000 euros pour 138 euros/1 000 litres et 200 vaches, 66000 euros pour la même couverture avec 500 vaches et 159000 euros avec 1000 vaches. Sur les 45300 exploitations laitières présentes aux États-Unis en 2014, 23800 fermes (soit 53 %) se sont inscrites au DMPP en 2015, 24 % pour la protection de base garantissant 69 euros les 1 000 litres et 13 100 fermes soit 29 % pour une protection supérieure. Certains experts, tels Jacques Carles, délégué général de Momagri parient sur un recours accru à ce système dans les prochaines années.

 

DES ORGANISATIONS DE MISE EN MARCHÉ PAR ZONE OU PAR ENTREPRISE

Aux États-Unis, l'organisation de la mise en marché du lait repose sur dix MMO (milk marketing order) qui assurent un paiement du lait selon l'utilisation : classe 1 pour le lait de consommation, classe 2 pour la crème et les produits frais, classe 3 pour les fromages, classe 4 pour le beurre, avec une péréquation assurant un paiement uniforme aux producteurs au sein d'un même MMO sans limite de production.

Au Québec, l'organisation de la mise en marché du lait passe par un « plan conjoint » soumis au vote des producteurs. Une fois adopté, il devient obligatoire. Une organisation de producteurs, « Les producteurs de lait du Québec » administre le plan conjoint, finance la recherche et la publicité générique, négocie les conditions de transport, mutualise des coûts de transport, coordonne la livraison aux laiteries, négocie le contrat de vente, gère les règles d'attribution des quotas. Les laiteries paient toutes le même prix pour un même produit fabriqué, sur la base de cinq classes de prix. La concurrence entre les laiteries se fait donc par la gamme de produits fabriqués et par la capacité concurrentielle de l'outil de transformation. Les producteurs reçoivent tous un même prix quel que soit le type de produit que fabrique la laiterie où ils livrent et quelle que soit la distance à la laiterie. En Nouvelle-Zélande, où Fonterra contrôle près de 90 % de la collecte, le prix du lait payé au producteur est fonction du prix mondial. Le niveau des livraisons individuelles est lié aux parts détenues dans la coopérative. Les producteurs sont donc responsabilisés par le biais de leur contribution au capital. Les entrées et sorties au capital de Fonterra sont libres mais, en 2007/2008, du fait de la sécheresse, la coopérative a eu des difficultés à racheter les parts nécessaires à hauteur de 700 millions de dollars.

Ainsi, dans ces pays, les conditions de prix sont uniformes par MMO aux États-Unis, par province au Canada, pour tous les membres de la coopérative Fonterra en Nouvelle- Zélande.

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