RLF (Revue Laitière Française) 19 septembre 2012 à 12h00 | Par R.Lemoine

filière laitière - Une conjoncture inédite

Le redressement des cours des produits industriels grâce à une offre qui se ralentit sous l'effet de la hausse des coûts de production se traduit en France par une baisse du prix du lait. La filière doit s'adapater. Les discussions fusent dans les sens.

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- © CNIEL

Alors que la remontée des cours mondiaux s'amorcent, que la collecte mondiale recule,que le lait spot se vend à plus de 400 euros les 1000l, une inquiétude sévit en France. « Il faut attendre la fin de l'année pour que le résultat de cette embellies'affiche sur la paie du lait. Aujourd'hui le producteur subit l'effet conjuguéde la hausse des coûts de production etde la baisse du prix du lait », souligne Thierry Roquefeuil, le président de la FNPL.

Le prix du lait en 2012 devrait s'établir entre 310 et 315 euros les 1000 litres contre 325 en 2011 alors que l'évolution de l'indice de l'Ipampa pour le lait (indice du prix des intrants) marque unrecord avec la flambée des cours des céréales et des oléo-protéagineux. Il a augmenté sans discontinuer depuis janvier 2010 (+ 15 points). Le ratio charges alimentation achetée / prixdu lait s'est lui aussi envolé pour atteindre un niveau record de 32,74 %.

 

Céréaliers et éleveurs

Les exploitations dont le système d'exploitation est basé sur l'herbe sont les plus touchées qu'elles soient en plaine ou en montagne. On peut craindre aussi la sortie de la production laitière des producteurs situés dans les zones de polycuture - élevage ; le chant des sirènes des céréales à forte valorisation actuellement pouvant allécher plus d'un. Face au cri d'alarme lancé par les éleveurs, les céréaliers ont réagi annonçant la création d'un fonds structurel en leur faveur qui pourrait représenter 100 millions d'euros, collectés par une cotisation volontaire des producteurs de grains (blé, maïs) axée sur la tonne récoltée.

« Ce fonds confirme que les éleveurs sont en danger », souligne Thierry Roquefeuil, espérant que les modalités de fonctionnement qui restent à définir, répondront aux besoins immédiats des éleveurs laitiers. « Le problème de volatilité des cours des céréales, ne doit pas occulter la défense du prix du lait. Nous y travaillons à la FNPL. Des contacts ont été pris avant l'été avec la grande distribution. La transformation et la grande distribution doivent négocier ensemble, afin de répercuter cette hausse du coût de l'aliment subie par les éleveurs laitiers », poursuit-il.

La conjoncture inédite qui découle de la volatilité des marchés agricoles, somme les acteurs de la filière
de trouver les modalités d'une plus grande réactivité.
La conjoncture inédite qui découle de la volatilité des marchés agricoles, somme les acteurs de la filière de trouver les modalités d'une plus grande réactivité. - © RÉUSSIR/J.NANTEUIL

Distributeurs et filières

Une réflexion qui vient se joindre à celle de la FNSEA et de l'accord du 3 mai 2011. Si le secteur laitier ne faisait pas partie des signataires, la FNPL demande aujourd'hui de s'y joindre et travaille à la définition d'index pertinents permettant de déclencher le processus de négociation entre les acteurs de la filière. Les choses bougent mais il y a des outils qui restent indispensables pour juguler la volatilité. Henri Brichart, vice-président de à la FNSEA évoque le stockage public : « avant de parler des relations entre céréaliers et producteurs, il faut prendre conscience de la nécessité de garder des stocks stratégiques. La France a mis ce dossier sur la table au G20 même s'il n'est pas question de retourner 20 ans en arrière ».

Autre dossier important selon lui la contractualisation. « Le céréalier est lui aussi soumis à la volatilité d'où la nécessité de contracter pour la réduire. je considère que le contrat offre une modernisation de la relation économique dans la sphère agricole. Mais malheureusement, la culture du contrat n'est pas saillante chez les agriculteurs. Seuls quelques-uns ont été signés sur la pulpe de betterave», rapporte-t-il. La question d'équilibre entre céréaliers et éleveurs se pose aussi au niveau de la nouvelle politique agricole européenne ; la conception du paiement des aides en fonction des surfaces agricoles sans aucun lien à la production et à l'historique pouvant avantager les premiers.

« Le fonds ne suffira pas à atténuer les problèmes des éleveurs. Il faudra agir au niveau européen », insiste Thierry Roquefeuil. Henri Brichart plaide lui avant tout pour « la sauvegarde d'outils de régulation des marchés ». Le débat semble difficile au sein de la FNSEA. « Attendons de connaître le budget de l'UE et de la Pac pour construire notre ligne de réclamation » suggère-t-il.

Le lait de consommation dans la tourmente

Autre sujet d'inquiétude dans la filière, le décrochage de Sodiaal sur le prix du lait. Dans un courrier daté du 31 août, la coopérative annonçait des baisses de 5 euros/1 000 litres sur le volume A et de 15 euros/1 000 litres sur le volume B. Sodiaal évoque une situation difficile pour le lait de consommation, secteur qui pourrait connaitre une restructuration dans les prochains mois.

Pour mieux comprendre, il faut se souvenir de l'état de la collecte au premier semestre 2012 : + 2,4 % par mois en France et + 2,2 % en Allemagne. Cette affluence de lait dans un contexte de quasi-saturation de l'outil destiné à la poudre et d'une surcapacité de l'outil de conditionnement de lait de consommation a conduit à une guerre économique exacerbée par les importations en provenance de l'Allemagne notamment (environ 85 000 t de janvier à juin 2012 en recul par rapport à la même période 2011 et 24 000t en provenance d'autres pays). « Stop, s'insurge le président de la FNPL. Nous avons besoin d'une dynamique industrielle digne de ce nom. Nous attendons depuis des années la stratégie industrielle nécessaire pour le lait français. Le producteur et le prix du lait ne sont pas les éléments à mettre dans la balance pour y parvenir».

Car il ne s'agit pas seulement du lait de consommation, mais du lait flottant qui ne trouve plus preneur. « Nous estimons à plus de 800 millions de litres ce volume de lait pour lequel nous demandons aux industriels d'agir ». Faut-il que les pouvoirs publics planchent sur un plan industriel pour redonner cette dynamique ? s'interroge Thierry Roquefeuil. Comment faire pour garder le lait sachant que la France a sa carte à jouer sur le marché mondial ? Le Cniel réunira sous peu le comité de laison Cniel/distribution pour tenter de trouver une première solution pour le lait de consommation

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