RLF (Revue Laitière Française) 14 février 2013 à 16h27 | Par A-M.Paulais

Jean-Luc Reuillon de l'Institut de l'élevage - « L'autonomie alimentaire est un atout dans la compétition internationale »

Jean-Luc Reuillon commente la base de données 2012 de l'IFCN (International farm comparison network) face à la volatilité des cours des matières premières et analyse les atouts des pays laitiers dans la compétition internationale.

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Jean-Luc Reuillon est spécialiste des réseaux
d'élevage bovin lait à l'Institut de l'élevage.
Jean-Luc Reuillon est spécialiste des réseaux d'élevage bovin lait à l'Institut de l'élevage. - © A-M.Paulais

Quelles sont les particularités des systèmes français ?
Jean-Luc Reuillon - La particularité de la France réside dans ses systèmes basés sur des exploitations familiales. Celles-ci disposent de 1 hectare par vache laitière alors que la valeur médiane sur l'ensemble des systèmes de l'IFCN est de 0,6 hectare par vache laitière. Une situation liée aux prix modérés du foncier dans notre pays qui procure à la France une réelle capacité d'autonomie alimentaire. C'est un atout dans le contexte actuel de forte augmentation et de forte volatilité des productions végétales. Avec 8000 kg de lait produits par vache, les systèmes français ont une intensification animale élevée, ils sont faiblement consommateurs de concentrés
(moins de 200 grammes par kilo de lait produit).

Comment se situe la France par rapport à d'autres pays ?
J.-L. R - La comparaison de huit systèmes de production provenant de huit pays (France, Allemagne, Danemark, Irlande, Canada, États- Unis, Argentine, Nouvelle- Zélande) montre la grande diversité des niveaux et des structures des coûts de production dans le monde. En Europe, la France et l'Allemagne sont au coude à coude, avec un coût alimentaire supérieur outre-Rhin. Du fait d'une production quasi exclusivement à l'herbe, l'Irlande a le coût de production le plus bas. Dans le monde, les coûts de production les plus faibles se rencontrent en Argentine et en Nouvelle- Zélande. Sur la planète, le lait est produit soit dans des exploitations familiales où c'est avant tout la rémunération du travail qui est recherchée, soit dans des exploitations capitalistiques où c'est le retour sur investissement qui est prioritaire, entraînant, comme aux USA, une course aux volumes.

Face à l'augmentation des coûts de production, observet- on des évolutions du prix du lait dans le monde ?
J.-L. R - Les évolutions récentes montrent que, depuis 2006, et sauf au Canada, il y a une certaine convergence des prix du lait entre 300 EUR et 400 EUR les 1000 litres, une convergence du ratio prix du lait sur prix du concentré, ainsi que sur la rémunération des facteurs propres. Chaque système a sa logique pour la rémunération des facteurs travail, capital ou foncier. C'est la cohérence du système qui est importante, il faut écarter l'idée d'un système chimérique qui serait l'assemblage des points forts de chacun des systèmes.

Quel est le pays le plus à même de se placer sur les marchés mondiaux ?
J.-L. R - Pour y répondre, l'analyse des coûts de production des systèmes laitiers est pertinente, mais elle a aussi ses limites. L'approche système (seul un petit nombre de systèmes sont pris en compte dans chaque pays) cache la diversité des exploitations, ne tient pas non plus compte des dynamiques territoriales et notamment du rôle de l'aval. L'analyse des coûts de production actuels n'intègre pas non plus la concurrence avec d'autres productions et notamment les céréales. Il y a des systèmes compétitifs qui disparaîtront et d'autres qui resteront. L'analyse en terme de coûts de production est insuffisante pour dire ce qui va se passer. Elle n'est qu'un élément d'une analyse qui est plus complexe.


L'IFCN, International farm comparison network, est un observatoire des coûts de production du lait dans les différents pays du monde. Chaque année, les experts l'IFCN se réunissent pour analyser l'évolution des coûts de production de 168 cas-types en provenance d'une cinquantaine de pays. Une mine d'information sur la réalité de l'élevage laitier mondial.

"EN FRANCE, L'ÉLEVAGE LAITIER EST FAIBLEMENT CONSOMMATEUR DE CONCENTRÉS, C'EST UN VÉRITABLE ATOUT"

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