RLF (Revue Laitière Française) 22 février 2017 à 08h00 | Par R.Lemoine

L’'amont laitier est porteur de valeurs

La transparence que demandent les consommateurs sur les pratiques d’élevage conduit à mettre en avant la ferme France. La confiance accordée aux producteurs de lait est porteuse de valorisation pour l’ensemble de la filière.

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- © A. Lecerf

Le lait porte des valeurs auxquelles le consommateur est attentif. La qualité étant un prérequis non négociable, ces valeurs ont un lien direct aujourd’hui avec les conditions d’élevage : bien-être animal, alimentation, pâturage, environnement, biodiversité. Les initiatives qui ont vu le jour surfent sur les promesses de l’élevage, tout en jouant la carte du contrat social et de la proximité. Crise oblige. Mais quelle est la pérennité des initiatives comme C’est qui le patron, par exemple, En direct des éleveurs, des marques locales ou des marques éthiques, solidaires développées par les distributeurs autour du lait de consommation essentiellement ? Et surtout, quels volumes de lait peuvent ainsi être valorisés ? Car toutes ces démarches de segmentation mises bout à bout, y compris le bio, les AOP, le lait de montagne et le lait enrichi en oméga 3… engagent à peine 15 % de la collecte française. La coopérative Laïta a présenté en 2016 Passion lait, sa charte qualité et développement durable. Celleci met l’accent notamment sur le pâturage : 200 jours par an. Face à la pression des pays voisins qui positivent leurs pratiques d’élevage pour gagner des marchés à l’export, communiquer s’impose. Il s’agit aussi de répondre à la demande des consommateurs, de plus en plus exigeants sur cette question en lien direct avec le bien-être animal mais aussi la composition fine du lait. Une réflexion plus large serait en cours autour de cette dénomination, qui reste à cadrer et à définir. Il s’agit d’éviter une surenchère qui serait préjudiciable à l’ensemble de la filière. La multiplication en ordre dispersé de ces démarches responsables, solidaires, éthiques, citoyennes, durables, environnementales, etc., pose la question de la faisabilité d’une approche globale, de filière, pouvant faire profiter tout le lait français de l’image de l’amont laitier que le monde nous envie, avec des critères partagés par tous. D’autant que des discours juxtaposés peuvent créer un désordre et une méfiance de la part des consommateurs.

La réflexion est conduite autour de la Charte des bonnes pratiques d’élevage (CBPE), qui entame sa quatrième révision. Soutenue depuis sa création en 1999, par le Cniel et Interbev, preelle incarne un référentiel national sur la qualité des pratiques d’hygiène et de traçabilité. C’est même le dénominateur commun en termes de garantie qualité, la même pour tous sur tout le territoire français ; 95 % des producteurs de lait y sont engagés. Une raison qui a conduit les producteurs et les entreprises à s’y adosser pour définir les conditions de collecte dans les contrats. Ce choix est judicieux et d’autant plus significatif que les usines transforment un lait de mélange.

Marie-Thérèse Bonneau,
vice-président de la FNPL, 
en charge de la CBPE
Marie-Thérèse Bonneau, vice-président de la FNPL, en charge de la CBPE - © rd

DES DÉMARCHES QUI S’APPUIENT SUR LA CHARTE DES BONNES PRATIQUES D’ÉLEVAGE

« La CBPE est une démarche socle qui reconnaît la qualité et la singularité de la filière laitière française, sur laquelle des démarches plus spécifiques pourront s’appuyer en toute sécurité et cohérence », exprime Marie-Thérèse Bonneau, première vice-présidente de la FNPL, en charge de la CBPE. Et ce n’est pas tout. « La charte jouit d’une antériorité qui permet de consolider un discours collectif sur des données vérifiables », poursuit-elle. En effet, un des principes de l’adhésion à la CBPE est de tracer les pratiques à la ferme. Exemple : un cahier sanitaire a été instauré afin de suivre les opérations de vaccination de la vache, les ordonnances prescrites… la santé de l’animal en somme. Une traçabilité essentielle quand il s’agit de répondre aux exigences de transparence que demandent les consommateurs. Par ailleurs, grâce à cette traçabilité, la CBPE a été promue outil de vérification du respect de la conditionnalité de la PAC. Pour témoin, le cahier de fertilisation azotée qui détaille la consommation de nitrate. Si ce registre n’est pas renseigné, l’éleveur ne reçoit pas les aides de la PAC.

« La CBPE est notre socle, déclare Daniel Chevreul, directeur des approvisionnement laitiers chez Savencia. Y adhérer est obligatoire pour 100 % de nos producteurs. « Ceci est également le cas chez Sodiaal. On peut lire sur le site institutionnel de la coopérative que « la CBPE est la référence en matière de bonnes pratiques dans un élevage bovin ». Elle est présentée comme étant la première étape, « la base » de La Route du lait, le système de management de la qualité de la ferme à l’usine de la première coopérative française. « 60 % des exploitations de Sodiaal (70 % des volumes traités) sont même en étape 2 ou 3 de la Route du lait », des étapes qui visent à répondre à des besoins de différenciations notamment.

DÉMARCHES COLLECTIVE OU PRIVÉES ?

Ce qui est en jeu est justement cette différenciation, avec la question du partage de la valorisation des réponses aux exigences sociétales, coûteuses à mettre en place au niveau des exploitations. « Une démarche de filière serait plus forte, plus robuste, voire plus crédible », martèle Marie-Thérèse Bonneau.

Les entreprises ne sont pas exactement sur la même longueur d’ondes. Tout en continuant à voir dans la CBPE un socle commun pour la qualité du lait et les bonnes pratiques d’élevage, elles souhaitent pouvoir développer leurs démarches privées. « Nous devons continuer à faire évoluer le cahier des charges de la CBPE pour coller au mieux aux attentes sociétales quant à la conduite du troupeau et réfléchir, au sein de l’interprofession, à la suppression de pratiques qui tendent à devenir rédhibitoires pour les citoyens. Le tout en tenant compte des conséquences que cela implique pour les éleveurs. En revanche, je suggère de laisser les autres options (pâturage, lait à l’herbe, foin, sans OGM…) à la sphère privée, au risque de se voir confisquer nos démarches par la grande distribution. Ces options pourraient être négociées entre les organisations de producteurs et les entreprises », exprime Dominique Verneau, responsable production laitière de Triballat Rians. Verrons-nous demain de nouveaux éléments apparaître dans le paiement du lait ou dans les contrats : bien-être animal, pâturage, biodiversité, mesures agro-environnementales… ?

LES ÉLEVEURS PORTENT LA CONFIANCE DU CONSOMMATEUR

Une chose est sûre. À l’heure où l’industrie alimentaire est malmenée dans l’opinion publique, force est de constater que les éleveurs laitiers ont un rôle indéniable à jouer dans le maintien d’une image positive du secteur. Ils recueillent la confiance de plus de 70 % des Français.

En attendant l’aboutissement de toutes ces réflexions, les regards se tournent vers l’étiquetage Origine France qui entre en expérimentation en ce début d’année, avec l’espoir de mieux valoriser le lait français sur le marché intérieur.

Noëlle Paolo, 
directrice des études
au Cniel
Noëlle Paolo, directrice des études au Cniel - © R. Lemoine

AVIS D'EXPERT

« LES PRATIQUES D’ÉLEVAGE SONT ASSEZ MÉCONNUES »

« Les consommateurs se posent assez peu de questions sur les pratiques d’élevage, qu’ils méconnaissent pour plus de la moitié d’entre eux (57 % dans l’étude Casdar Idele). Mais ils sont globalement confiants. Néanmoins, ils formulent spontanément des attentes d’information précises et récurrentes sur l’alimentation, les conditions de vie et notamment le plein air, sur la traçabilité pour connaître l’origine du lait ou de la viande et sur les traitements médicaux. D’après une étude menée par l’Ifop pour le compte du Cniel en 2016, la charte des bonnes pratiques d’élevage suscite leur l’intérêt. Ils apprécient la volonté des éleveurs de réagir et d’améliorer la qualité de leurs pratiques d’élevage, le contenu de la charte, qui est globalement en phase avec les préoccupations des consommateurs, et l’importance de la charte dans le monde de l’élevage bovin, avec de très nombreux adhérents. Les personnes interviewées sont surprises que cette charte existe depuis tant d’années sans qu’ils le sachent. Une chose apparaît clairement : la charte donne une vision assez complète du métier et des bonnes méthodes de travail. Sa réactualisation au fil des années ajoute à sa pertinence. »

 

QUESTIONS À

Marie-Thérèse Bonneau,

LA CHARTE DES BONNES PRATIQUES D’ÉLEVAGE EST EN RÉVISION

La CBPE peut-elle répondre aux questions de la société sur le bien-être animal, le pâturage, l’environnement… ?

Marie-Thérèse Bonneau - Les éléments actuels de la Charte nous permettent de répondre aux dispositifs du guide d’hygiène international. Ceci en fait un outil de référence interprofessionnel en termes de qualité. La charte sert aussi aux entreprises pour mettre en oeuvre les échanges de collecte en garantissant le même référentiel. En ce qui concerne les attentes nouvelles de la société, ces questions seront probablement d’ordre contractuel. Ce qui correspond à une valeur pour le consommateur doit se traduire par un juste retour au producteur qui en est l’acteur au quotidien.

L’étude Ifop montre la méconnaissance des pratiques d’élevage et de la CBPE. Comptezvous y remédier ?

M.-T. B. - Nous sommes très impliqués dans la CBPE, au point d’avoir oublié de réaffirmer les bénéfices de cet engagement. La révision en cours va nous emmener à communiquer plus largement sur cet outil et sur les progrès réalisés depuis sa mise en place en 1999.

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