RLF (Revue Laitière Française) 19 octobre 2016 à 08h00 | Par A-M Paulais

Le lait bio doit maîtriser sa croissance

Augmentation des conversions, flambée de la demande… le lait bio a le vent en poupe. Une croissance que la filière doit maîtriser pour ne pas être victime de son succès.

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- © F. Mechekour

Un marché en croissance de +20 % au premier semestre 2016 comparé au premier semestre 2015, un chiffre d’affaires estimé à 6,9 milliards d’euros en fin d’année 2016, 21 nouvelles fermes bio chaque jour sur les six premiers mois de l’année, la barre des 1,5 million d’hectares bio dépassée, soit plus de 5,8 % de la surface agricole utile française… Ces chiffres en provenance de l’Agence bio témoignent de l’engouement pour le bio dans notre pays. Les consommateurs sont au rendez-vous et l’agriculture biologique atteint un rythme de croissance historique en France de l’ordre de +20 % au premier semestre 2016. D’après le dernier Baromètre Agence Bio/CSA 2015, près de 9 Français sur 10 consomment désormais bio, au moins occasionnellement, alors qu’ils n’étaient encore que 54 % en 2003. 65 % en consomment même régulièrement, c’està- dire au moins une fois par mois, contre 37 % en 2003. De son côté, l’offre continue de s’étoffer, au 30 juin 2016, le nombre de producteurs français engagés en bio s’élevait à près de 31 880. Au premier semestre 2016, 1 200 nouveaux opérateurs ont rejoint les rangs des acteurs de l’aval bio en France (transformateurs et distributeurs), qui sont désormais plus de 14 300.

 

800 MILLIONS DE LITRES DE LAIT BIO D’ICI 2018

En 2016, l’élevage bovin laitier bio connaît un essor sans précédent avec plus de 560 producteurs spécialisés engagés en six mois sur un total de 2 170 producteurs de lait bio en France fin 2015. Après la période de conversion de deux ans, la filière attend donc un saut de collecte de l’ordre de 40 % d’ici 2018. « Une vague de conversions sans précédent pouvant amener à une production de 800 millions de litres de lait bio sur notre territoire d’ici 18 mois à deux ans », souligne Paul Zindy, animateur de la commission bio du Cniel, qui suit l’évolution des conversions avec un objectif : anticiper la croissance. Nul doute que la crise de la production conventionnelle et ses prix durablement en dessous des coûts de production y sont pour quelque chose. En juin 2016, le prix du lait standard bio payé aux producteurs était de 388 euros pour 1 000 litres, en hausse de 1,3 % par rapport à l’année précédente contre 286 euros pour le lait conventionnel. À la même période, en Allemagne, le lait bio était payé entre 453 et 472 euros pour 1 000 litres. Sur douze mois glissants, de juin 2015 à juin 2016, le prix du lait bio 38/32 était de 422 euros en France, 464,60 euros en Allemagne et de 410,4 euros en Autriche.

 

FORTES PROGRESSIONS SUR LE BEURRE ET LA CRÈME

Signe d’une forte demande, en 2015 seulement 17 % du lait bio n’était pas valorisé en produits bio, un taux de déclassement en net recul (-18 points) par rapport à 2014. Champion des produits laitiers bio, le lait conditionné - qui utilise 31 % du lait bio collecté - progresse encore de 10 % en 2015. Plus inédit, la matière grasse bio est aussi en croissance, avec +9 % pour les fabrications de beurre et +14 % pour la crème. L’ultrafrais poursuit sa hausse à +8 %. Quant aux fromages bio, qui ne valorisent que 13 % du lait bio, ils sont stables avec même un léger recul pour les fromages frais (-2 %). Sept acteurs assurent les trois quarts de la collecte de lait bio, dont trois totalisent plus de la moitié.

 

DES VENTES EN HAUSSE DE PRÈS DE 8 %

Les consommateurs achètent de plus en plus de produits laitiers bio qui représentent désormais plus de 11 % de la valeur des achats alimentaires bio des ménages. En 2015, les ventes de produits laitiers bio affichaient une hausse de 7,6 % en valeur sur un an dans un marché estimé à 660 millions d’euros. La grande distribution a pris sa place et ses ventes sont désormais équivalentes à celles des magasins spécialisés. Bio et drive font bon ménage, puisque cette forme de distribution pèse 59 millions d’euros de ventes de produits laitiers bio (+18 % en un an). Le drive représente 10,2 % des ventes totales de lait conditionné bio en valeur. Le prix explique bien sûr au moins partiellement la montée en puissance de la grande distribution puisqu’un litre de lait demi-écrémé en bouteille plastique coûte en moyenne 1,38 euro en magasins spécialisés contre 0,94 euro dans les grandes et moyennes surfaces. Dans l’ensemble, les produits laitiers bio sont 30 à 40 % plus chers que leurs homologues conventionnels.

Cette forte demande des consommateurs, porteuse d’espoirs, pourrait aussi inciter à la baisse des prix. Les acteurs de la filière relèvent pourtant les exigences de la conversion et la nécessité de prix différenciés pour l’éleveur. Le devenir de la filière se jouera donc sur la maîtrise de l’offre et la garantie des débouchés.

Christophe Baron,
président de Biolait
Christophe Baron, président de Biolait - © rd

AVIS D’EXPERT

« CROÎTRE SANS PERDRE EN CRÉDIBILITÉ »

« Actuellement, la collecte de Biolait augmente de +20 à +25 % comme dans toute la filière laitière bio. Nul doute que la crise de la filière conventionnelle, et notamment le niveau des prix, amène plus d’éleveurs à franchir le pas. Mais ces conversions sont avant tout l’aboutissement de démarches personnelles. Les tendances du marché sont excellentes. On a des demandes de toutes parts et on n’arrive pas à fournir. Nos prévisions de collecte sont à 175 millions de litres pour 2016, mais nous risquons de ne pas atteindre ce chiffre à cause des conditions climatiques. Quant aux prix, il est trop tôt pour donner des éléments, mais ils pourraient marquer une légère progression en 2016 pour atteindre 450 euros pour 1 000 litres contre 440/445 euros en 2015.

Notre souci pour 2017 est d’avoir des clients et des partenariats durables. Au printemps 2018, il y aura un choc lié aux arrivées massives. La France devrait pouvoir gérer une collecte à 800 millions de litres en 2018, car il y a des besoins en Europe et notamment en Allemagne. Tout dépendra des stratégies de séchage des entreprises et aussi des débouchés chinois pour les produits laitiers bio. Après 2020, on risque d’avoir moins de conversions. La taille des élevages conventionnels augmentant, il sera de plus en plus difficile de se convertir au bio.

Pour nous, l’enjeu c’est de croître sans perdre en crédibilité. Toute hausse brutale de production est difficile à gérer mais, dans les années 2010, on a montré que stabilité des prix peut aller de pair avec augmentation des volumes. »

- © rd

CHIFFRES CLÉS

Collecte de lait bio

• Estimation 2016 : 575 millions de litres/24,6 milliards de litres au total (2,3 % de la collecte)

• 2 200 producteurs bio/64 000 producteurs de lait au total en France

• Perspectives 2018 : 800 millions de litres

Fabrications

• Lait conditionné : 31 % de la collecte bio (contre 10 % en conventionnel)

• À l’inverse, les fromages bio représentent 13 % du lait produit contre 37 % en conventionnel

 

La consommation de produits alimentaires bio représente 5,8 milliards d’euros en France en 2015, contre 8,5 milliards d’euros en Allemagne. Les produits laitiers bio représentent 660 millions d’euros (hors RHF).

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