RLF (Revue Laitière Française) 16 septembre 2015 à 08h00 | Par R.Lemoine

Le secteur laitier en crise

« Il faut que l’Europe soit dans l’anticipation » A la sortie du Conseil européen des ministres de l’agriculture du 15 septembre, Stéphane Le Foll, le ministre français de l’agriculture, détaille sa position et les résultats de ces réunions qu’il a initiées.

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Stéphane Le Foll,
ministre Français de l'agriculture
Stéphane Le Foll, ministre Français de l'agriculture - © R.d

 

En amont des Conseil des ministres des 7 et 15 septembre, vous avez été en contact avec vos homologues européens pour obtenir leur mobilisation. Quel était leur état d’esprit par rapport à la crise laitière ?

Depuis mon arrivée en 2012, j’ai régulièrement mis sur la table au niveau communautaire la question de la préparation de la sortie des quotas. Cette mobilisation a notamment permis la mise en place de l’Observatoire européen du lait. Mais au-delà, j’ai de manière constante appelé mes collègues et la Commission à anticiper les éventuelles crises qui pourraient survenir dans un contexte de sortie des quotas laitiers. Il a fallu que la crise soit là pour qu’une prise de conscience s’opère enfin au niveau européen, et la Commission n’a pas été la plus facile à convaincre de cette réalité. C’est pourquoi, après des discussions inabouties lors du Conseil du 13 juin dernier, j’ai demandé en juillet qu’un conseil extraordinaire se tienne dès le mois de septembre pour que la Commission mette sur la table des propositions. On ne pouvait pas attendre le Conseil d’octobre pour agir. Sur ce point j’ai été suivi par mes collègues. Sur les solutions à mettre en œuvre les opinions étaient beaucoup plus partagées.

 

Quelles sont les propositions que vous avez portées auprès de cette assemblée ?

Les propositions que j’ai portées au niveau européen ont été constantes depuis le début de l’été. S’agissant du lait, j’ai demandé un relèvement du prix d’intervention afin de donner un signal clair au marché. C’est de mon point de vue l’outil le plus efficace. Plusieurs pays m’ont rejoint sur cette proposition notamment l’Espagne, l’Italie et le Portugal à l’occasion d’un sommet à Madrid, ou encore l’Irlande. D’autres Etats membres se sont positionnés sur d’autres mesures comme le stockage privé ou des aides directes aux producteurs.

J’ai également demandé un renforcement de l’Observatoire européen de façon à ce qu’il soit un vrai outil de prévention et de gestion des crises.

 

Comment jugez-vous les résultats obtenus ? Pensez-vous qu’ils puissent répondre aux difficultés de l’élevage ?

La Commission a opté en priorité pour des aides directes allouées aux Etats membres. Elle s’est engagée à laisser une grande souplesse aux Etats membres sur la façon d’utiliser cette aide. L’enveloppe, qui représente 62.9millions d’euros pour la France, viendra compléter le plan de soutien à l’élevage qui a été mis en place le 22 juillet dernier et renforcé par le Premier ministre le 3 septembre.

Cette aide démontre que la Commission a compris qu’il y avait une crise. Elle apporte une réponse aux difficultés financières des éleveurs. Mais nous souhaitions de notre côté que la réponse européenne porte d’abord sur des mesures de marché non sur des aides directes, pour permettre de retrouver des prix rémunérateur . Nous avons eu le 7 septembre un débat soutenu qui a nécessité qu’un nouveau conseil se tienne à Luxembourg le 15 septembre, débat qui a porté notamment sur la pertinence des outils proposés par la Commission. Le 15 septembre, la France n’a pas été le seul pays à se poser des questions sur l’impact réel des mesures proposées par la Commission.

Cette dernière, qui en termes de procédure a la main sur le contenu des mesures à prendre, n’a pas voulu modifier sa position. J’ai toutefois obtenu qu’un point soit fait mi-novembre pour qu’un premier bilan de l’effet de ces mesures sur la situation du marché soit effectué. Si ces mesures se révèlent inefficaces, la question du relèvement du prix d’intervention devra être remise sur la table.

 

Est-ce que l’Union européenne envisage de mettre en place un dispositif plus pérenne pour anticiper de telles crises ?

C’est en tout cas ce que je demande, il faut que l’Europe soit dans l’anticipation et pas uniquement dans la réaction. Prévenir les crises c’est aussi donner les signaux suffisamment tôt pour que les opérateurs économiques puissent s’adapter. Je continuerai à porter ces positions au sein du Conseil. Il faut à la fois répondre aux situations d’urgence mais il faut aussi tirer les enseignements de ces crises pour améliorer les dispositifs permettant d’y faire face. La Commission a annoncé un « groupe de haut niveau », c’est aussi le signe d’une volonté de retravailler sur la gestion des crises.

 

En l’absence de politique laitière européenne, est-ce que les Etats membres peuvent avoir la capacité de créer individuellement des outils ?

Le cadre européen permet d’ores et déjà de mettre en place un certain nombre d’outils tels que l’organisation des producteurs ou la contractualisation. Sur ces deux points un rapport doit m’être remis cet automne pour dresser un premier bilan de la contractualisation et du fonctionnement des organisations de producteurs. Il faudra en tirer les enseignements pour améliorer le dispositif dans l’intérêt des producteurs et de l’ensemble de la filière. Nous travaillons par ailleurs à l'élaboration d’outils qui devront, en lien avec la contractualisation, permettre de limiter l’exposition des producteurs à la volatilité des marchés et d’améliorer les relations commerciales tout au long des filières.

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