RLF (Revue Laitière Française) 04 février 2015 à 08h00 | Par A-M. Paulais

« Les éleveurs veulent une véritable politique européenne »

Après la signature du pacte laitier fin 2014, les producteurs de lait ont réaffirmé le besoin d'une véritable politique laitière européenne. Et redit leur volonté de produire dans le cadre de contrats gagnant-gagnant entre producteurs et transformateurs.

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Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et du Cniel
Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et du Cniel - © A.-M. PAULAIS

 

Comment les producteurs abordent-ils l’année 2015 ?

Thierry Roquefeuil - En 2013, nous avons positionné notre politique autour du ciseau entre les charges et le prix de vente du lait. En 2014, dans un contexte de prix porteurs jusqu'en août, nous nous sommes invités dans les « box » de négociations avec la grande distribution. Pour 2015, dans le cadre du pacte laitier, nous nous sommes concentrés sur un objectif : faciliter la mise en oeuvre des projets des éleveurs laitiers pour un avenir sans quotas. Nous avons, par exemple, réussi à mettre en place un observatoire des volumes, validé par l'interprofession et les pouvoirs publics. Celui-ci permettra de disposer de données fiables et transparentes. L'élevage laitier doit avoir l'ambition de son développement. Douze partenaires ont répondu à l'appel aux côtés des pouvoirs publics. Ces derniers se sont engagés à demander à la banque publique d'investissement( BPI), en partenariat avec les banques de mettre en place un système de garanties pour faciliter les investissements. Trois banques, le Crédit agricole, le Crédit mutuel et les Banques populaires ont répondu présentes. Le besoin de financement est estimé entre 800 millions et 1 milliard d'euros par an. Les assurances, les chambres d'agriculture, l'Institut de l'élevage, France Conseil Elevage et la profession vétérinaire ont réaffirmé leurs engagements à côté des éleveurs. Pour les prix, nous souhaitons que 2015 soit l'année du réajustement dans le respect de la contractualisation et dans un esprit gagnantgagnant. Le lissage de la hausse de 2014 doit trouver son équivalent dans un lissage de la baisse en 2015.

 

Après la fin des quotas, quelle politique laitière européenne souhaitez-vous ?

T. R. - Cela fait déjà un certain temps que les outils de régulation du marché ne fonctionnent plus. Nous déplorons le vide politique au niveau européen et rappelons que les incantations très libérales que l’on entend actuellement ne nous conviennent pas. Toute la filière laitière française est d’accord pour dire que l’intervention est à un niveau trop bas. Au sein de l’Europe, la France a un réel potentiel de production et souhaite continuer à jouer un rôle important. Les USA sont en train d’installer le Farm bill et son système assurantiel qui constitue une véritable machine de guerre, on connaît le dynamisme de l’Océanie, même si la production laitière y est fortement dépendante des conditions météorologiques. Face à de tels concurrents, l’Europe a besoin d’une véritable politique laitière même si tous les pays européens n’ont pas la même vision d’un monde sans quota.

 

Quels voeux le président de l’interprofession laitière formule- t-il pour l’année 2015 ?

T. R. - Du fait de la contractualisation, les négociations sur les prix se font en dehors de l’interprofession même si les discussions restent vives. Cette année commence avec la nomination d’une nouvelle directrice générale au Cniel. Dans une période de fortes mutations où la filière laitière est confrontée à des enjeux majeurs, l’interprofession continuera à se concentrer sur les actions collectives, au service de tous les maillons de la filière laitière, permettant de défendre le lait, sa production, sa consommation mais aussi son image dans la société.

 

IDENTITÉ

 

Thierry Roquefeuil, président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) depuis mars 2012, de l’interprofession laitière et du Cniel depuis avril 2013.

Il est éleveur dans le département du Lot, sur les contreforts du Massif Central sur une exploitation de 100 hectares, spécialisée en élevage laitier et allaitant avec 500000 litres de quotas. Il emploie un salarié.

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