RLF (Revue Laitière Française) 21 mars 2017 à 08h00 | Par A-M Paulais

Les protéines laitières sont des protéines durables

Des études scientifiques récentes cernent mieux l’impact de l’élevage laitier sur l’environnement, ses émissions de GES, sa capacité à maintenir la biodiversité et à transformer les protéines végétales (1).

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Les analyses de l'Inra et de l'Institut de 
l'élevage montrent que les élevages à l'herbe 
sont particulièrement efficients pour produire
des protéines animales à partir de protéines 
végétales non consommables par l'homme.
Les analyses de l'Inra et de l'Institut de l'élevage montrent que les élevages à l'herbe sont particulièrement efficients pour produire des protéines animales à partir de protéines végétales non consommables par l'homme. - © F. Joly

Et si, loin des accusations qui sont portées contre elle, la vache laitière était la meilleure amie de l’environnement ? Depuis 2006 et la publication par la FAO du fameux rapport Livestock long shadow, les productions animales sont questionnées. Alors que la demande alimentaire mondiale explose, l’élevage est accusé de participer au réchauffement climatique, d’occuper trop de surfaces et de manquer d’efficacité dans la transformation des protéines végétales. Et si c’était tout le contraire ? Pour Jean-Louis Peyraud, directeur adjoint agriculture à l’Inra, spécialiste des questions d’élevage, « l’animal le plus efficient et écologique au monde, c’est la vache laitière. Elle peut produire des protéines de haute valeur nutritionnelle en consommant des fourrages ».

Jean-Louis Peyraud,
directeur scientifique adjoint 
agriculture à l'Inra.
Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique adjoint agriculture à l'Inra. - © rd

PROTÉINES CONSOMMABLES PAR L’HOMME

Le quatrième Standing committee on agricultural research (Scar), en 2015, estime qu’il faut entre 3 et 10 kilos de protéines végétales pour produire un kilo de protéines animales. Pour évaluer la compétition entre alimentation humaine et animale, l’Inra insiste surtout pour qu’on s’intéresse aux protéines consommées par les animaux et qui seraient consommables par l’homme. Cette part varie beaucoup selon les matières premières considérées. L’herbe, le tourteau de colza ne contiennent pas de protéine consommable par l’homme ; dans le blé, cette part atteint 65 % ; dans le tourteau de soja, on l’estime à 60 % et dans l’ensilage de maïs à 23 %. Les scientifiques ne s’accordent pas encore totalement sur ces évaluations qui dépendent, dans les différents pays, des habitudes alimentaires et des technologies utilisées.

À partir des données des réseaux Inosys, on peut évaluer que les exploitations intensives à base de maïs ensilage pour une production de plus de 8 000 kilos par vache produisent 1 kilo de protéines laitières par kilo de protéines végétales consommables par l’homme et consommées par les animaux. Pour des exploitations où l’herbe représente 75 % de la ration, avec des niveaux de production de 6 000 kilos par vache et par an, ce rapport est proche de 2, ces systèmes apparaissant donc plus efficients. Encore l’étude ne s’intéresse-elle qu’à la quantité de protéines produites et non à la qualité.

Les rations à base d’herbe démontrent tout leur intérêt dans cette comparaison. « Et il y a des systèmes laitiers encore plus efficients », note Jean- Louis Peyraud, qui poursuit : « en irlande, certains sustèmes atteignent un score de 3, et les meilleurs comme la ferme expérimentale de Moorepark sont à 4 kilos de protéines laitières produites par kilo de protéines végétales consommables en alimentation humaine mais consommées par les animaux ». Si on compare deux élevages français de 400 000 litres, l’un en système maïs soja, l’autre en herbe, les niveaux totaux de production nette de protéines sont du même ordre. Enfin, si l’on s’intéresse à la productivité des surfaces, le lait permettrait de produire entre 200 et 250 kilos de protéines à l’hectare, soit deux fois moins qu’un hectare de blé + pois. Cependant, c’est la complémentarité cultures-élevage qui apparaît la plus efficace pour optimiser la production alimentaire (voir encadré).

GES : DE NOUVELLES ATTÉNUATIONS POSSIBLES

Selon les résultats de l’Institut de l’élevage, les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’élevage bovin français ont été réduites de 15 % en vingt ans, et d’ici quinze ans une nouvelle atténuation des émissions de GES de l’ordre de 20 % est attendue. Aujourd’hui, le stockage de carbone par la prairie et les structures associées (haies) et les cultures intermédiaires n’est pas considéré dans les inventaires nationaux. Mais lorsqu’on le prend en compte, les émissions sont de 1,1 kilo d’équivalent CO2 par kilo de lait produit dans les systèmes de plaine avec plus de 30 % d’ensilage de maïs, et tombent à 0,9 en plaine avec des systèmes à moins de 10 % d’ensilage de maïs et à 0,85 en montagne humide. Il est désormais admis, à partir des travaux de l’Inra, que la prairie séquestre 700 kilos de CO2 par hectare en moyenne, avec des variations en fonction du climat, du type de végétation et aussi de la conduite de la prairie. La capacité de la prairie à stocker le carbone après cinquante ans fait toujours l’objet d’un débat entre scientifiques.

Les prairies permanentes valorisées par les ruminants renferment 50 % des espèces endémiques, alors qu’elles ne représentent que 35 % de la SAU européenne. La prairie préserve aussi la biodiversité fonctionnelle, et notamment les espèces impliquées dans la pollinisation. Or, l’Europe à 28 a perdu 15 millions d’hectares de prairies depuis 1980. La réduction du nombre de vaches laitières s’est accompagnée d’une diminution des surfaces de prairies pour une production de lait et de viande finalement stable. « Cela va à l’encontre de ce que veut la société. N’est-il pas temps d’inverser les choses ? », s’interroge Jean-Louis Peyraud qui reconnaît que moins de vaches, c’est aussi moins d’émissions de GES.

DES CALCULS À REFAIRE

Les résultats de fermes expérimentales ou de systèmes optimisés montrent que l’élevage laitier peut produire encore plus de protéines, en valorisant mieux l’herbe et les coproduits des filières végétales destinées à l’alimentation humaine. Maintenir les surfaces en herbe, et notamment les prairies permanentes, permettra de favoriser le maintien de la biodiversité et contribuera au stockage de carbone. Réduire les émissions de GES de 20 % d’ici quinze ans semble à portée de main en actionnant des leviers qui sont déjà bien identifiés. L’élevage laitier est prêt à faire encore mieux mais les approches globales et simplistes méritent aussi d’être affinées. L’empreinte carbone de régimes alimentaires humains doit notamment être précisée, sachant qu’arrêter de manger des protéines animales n’est pas forcément bon pour l’environnement.

 

(1) Conférence de Jean-Louis Peyraud sur ce thème le mardi 21 mars à 18 h, dans le cadre des mardis du Cniel.

DAVANTAGE D’HECTARES NÉCESSAIRES POUR MANGER STRICTEMENT VEGAN

Une courbe issue d’une étude hollandaise, un pays où la terre est rare, montre qu’une population qui consommerait environ 40 % de protéines animales n’a pas besoin de plus de surface pour se nourrir qu’une population qui ne consommerait ni viande ni lait. Contrairement à ce que l’on croit, une population strictement vegan a besoin de plus d’hectares pour se nourrir qu’une population qui consommerait 20 à 30 % de protéines animales. En fait, la complémentarité entre cultures et élevage valorise les coproduits et des surfaces où l’on ne peut pas faire de cultures, comme les prairies permanentes (11,5 millions d’hectares en France). Les études qui comparent l’empreinte carbone d’une assiette vegan à celle d’une assiette d’omnivore classique ne prennent pas en compte cette complémentarité entre cultures et élevage, ni d’ailleurs les différences de valeurs nutritionnelles entre produits animaux et végétaux.

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