RLF (Revue Laitière Française) 19 février 2014 à 08h00 | Par R.Lemoine

Olivier Picot, President de la Fnil appelle les distributeurs à réagir

Paradoxe : une filière en difficulté alors que les marchés sont fortement demandeurs. Une situation unique en Europe. Les transformateurs demandent aux distributeurs de prendre conscience de la situation économique du secteur et de réagir pour sortir de l'impasse.

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Comment expliquer que les marchés laitiers vont bien mais, que dans le même temps, la filière laitière française est dans l'impasse. Un exercice auquel s'est attelé Olivier Picot, président de la Fnil, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 19 février dernier.

 

« Le prix du lait a atteint un record : 344 euros en moyenne en 2013 selon FranceAgriMer, Soit +9 % par rapport à 2012. Et il est probable que cette tendance se poursuive en 2014 », a-t-il précisé. S'il n'est pas question de contester cette hausse qui reflète la situation d'un marché mondial qui a faim de lait, elle n'est pas sans conséquence pour la transformation qui peine en ce moment à passer des hausses de tarifs auprès de la grande distribution. La tension se ressent dans les rayons où certains produits et certaines marques manquent à l'appel. « La facture sur le lait matière première a augmenté en 2013 pour les entreprises laitières de 730 millions d'euros. Et si on cumulait les hausses depuis 2009 on aboutit à un total de 2 milliards d'euros. Chaque tranche de 10 euros supplémentaire sur le prix du lait représente pour la transformation 240 millions d'euros en plus à mettre en regard des 24 milliards de litres de lait environ collecté en France. Or l'activité laitière est une activité à faible marge. Entre 2009 et 2011, l'industrie laitière a réalisé en moyenne 300 millions d'euros de résultat net par an soit 1 à 1,5% de son chiffre d'affaires. Nous sommes donc face à une impasse s'il revenait aux transformateurs de financer cette hausse du prix du lait", a argumenté Olivier Picot.

 

 

Double impasse

 

Et pour compliquer la situation, les entreprises sont face à une seconde impasse, résultat de la guerre de prix entre les distributeurs. Olivier Picot accuse le dispositif législatif (la LME) qui selon lui est politiquement choisi pour favoriser la guerre des prix entre les distributeurs au profit du pouvoir d'achat - et la loi de consommation qui vient d'être votée par le parlement n'y changera rien car le coeur du dispositif n'a pas bougé, estime-t-il.

Pour preuve, la baisse des prix de vente consommateur sur les produits laitiers qui a été de1 % en moyenne en 2013 selon l'Insee (-2 % pour les produits frais). « Cette situation de blocage des négociations, unique en Europe, aura des conséquences sur la filière agricole et agroalimentaire en matière d'emploi, d'investissement dans la recherche, l'innovation, la communication... mais aussi sur la motivation des producteurs à produire du lait si le prix n'est pas au rendez-vous. Un scénario que vit la filière caprine. Celle-ci affronte aujourd'hui une pénurie de lait sans précédent». Olivier Picot avoue que certains distributeurs ont conscience de la situation. Reste a l'afficher. « Aider le soldat Papin», a-t-il appelé avec humour. «On demande aux distributeurs de prendre conscience des enjeux et de discuter avec leurs fournisseurs pour trouver des solutions. Sinon on va au clash ». Le président de la Fnil reconnait toutefois que les distributeurs ont payé l'année dernière une partie de la facture suite à la médiation du gouvernement. "On ne peut pas continuer à faire croire aux consommateurs que les prix peuvent être toujours plus bas. Demain les produits pourraient être fabriqués ailleurs, laissant mourir à petit feu nos usines et notre filière", a-t-il conclu.

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