RLF (Revue Laitière Française) 26 août 2015 à 08h00 | Par Véronique Bargain

Produire 6 milliards de litres de lait en Bretagne en 2020

Avant les manifestations de l’été, la journée Cerel 2015 a analysé les perspectives d’avenir de la filière laitière bretonne. Si elle veut produire 6 milliards de litres en 2020, la Bretagne devra installer des jeunes, contenir les arrêts prématurés, attirer des salariés. Il lui faudra aussi garantir l’attractivité du métier d’éleveur.

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Si elle veut produire 
6 milliards de litres
de lait à l’horizon de 2020, 
la Bretagne devra améliorer
l’efficacité économique de
ses systèmes.
Si elle veut produire 6 milliards de litres de lait à l’horizon de 2020, la Bretagne devra améliorer l’efficacité économique de ses systèmes. - © F. MECHEKOUR

 

En Bretagne, la filière laitière représente plus du quart des emplois directement liés à l’agriculture, soit 35 000 emplois pour 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Son évolution, dans un contexte d’arrêt des quotas et de volatilité des prix, est donc déterminante et intéresse aussi les industriels, agrofournisseurs, organismes de conseil… Suite à une réflexion prospective menée dans le Grand Ouest, la filière s’est fixée un objectif : produire 6 milliards de litres de lait en 2020, soit 18 % de plus qu’en 2013. « Cet objectif semble réaliste, estime Rémi Espinasse. Les marchés se développent, notamment à l’international. Les entreprises sont prêtes à relever le défi. La qualité du lait produit en Bretagne est reconnue. Et le contexte pédoclimatique et un prix du foncier maîtrisé permettent de produire à un coût compatible avec ces marchés. » Selon les projections, la Bretagne pourrait compter 9 000 exploitations en 2020, contre 13000 en 2013. Pour produire six milliards de litres, il faudra que chaque exploitation livre 665000 lires de lait avec 90 vaches et 100 hectares. « Cela représente une augmentation importante des livraisons, de 40000 litres par an sur sept ans, soit plus du double de celle observée les sept dernières années », note Rémi Espinasse. Cette moyenne pourrait toutefois cacher des disparités, certaines entreprises pouvant se recentrer sur le marché européen et n’ayant pas assez de débouchés pour proposer une augmentation des volumes, et certaines zones étant bloquées par les contraintes environnementales. « Mais pour cela, il faut inciter à l’installation, contenir les arrêts prématurés et attirer des salariés. » Alors qu’en 2014, il y a eu 292 installations aidées, il en faudra 400 par an pour maintenir 16000 UTA familiales. Un fort développement du salariat sera aussi nécessaire pour atteindre 1 200 UTA, soit 50 nouveaux salariés par an. Et même ainsi, la productivité du travail devra être de 350 000 litres par UTH, niveau jamais atteint en Bretagne mais comparable à celui d’autres bassins laitiers.

« Les systèmes bretons de
demain devront être
attractifs, efficients, résilients
et responsables », souligne
Rémi Espinasse.
« Les systèmes bretons de demain devront être attractifs, efficients, résilients et responsables », souligne Rémi Espinasse. - © V. Bargain

 

DES MARGES DE MANOEUVRE

« L’attractivité du métier est un enjeu capital et passe par un revenu, de bonnes conditions de travail et une reconnaissance sociétale. » Si la production laitière a aujourd’hui une bonne image, il faudra veiller à ce que l’agrandissement des troupeaux ne la dégrade pas. Les conditions de travail sont aussi une préoccupation importante en termes de durée, astreinte et pénibilité. « Selon la MSA, la fréquence de TMS a doublé chez les éleveurs laitiers de 2004 à 2011, ce qui explique peut-être l’engouement pour les robots qui ont représenté plus de 50 % des installations de traite neuves en Bretagne, en 2014 », indique Rémi Espinasse. La délégation des travaux des champs est une autre solution pour cette région où le degré d’équipement en matériel de culture est élevé. Avec la libération des volumes, les exploitations devraient aussi se spécialiser et arrêter des ateliers complémentaires souvent créés dans un contexte de contingentement de la production. Enfin la productivité du travail et l’efficacité économique du système devront augmenter. Autres facteurs importants : le nombre de vaches par exploitation et leur niveau de production. « L’arrêt d’ateliers complémentaires et la possibilité d’accroître les surfaces fourragères en réduisant les cultures de vente donnent des marges de manoeuvre », estime Rémi Espinasse. L’hypothèse est une moyenne de 90 vaches par exploitation en 2020, avec une majorité de troupeaux de 60 à 90 vaches, mais aussi 750 troupeaux à plus de 150 vaches (128 début 2015). Une évolution conditionnée toutefois par l’obtention de marges suffisantes et de bonnes conditions de travail. La gestion du système fourrager et du système d’élevage, notamment l’alimentation, semble la clé d’un système efficace. « Le progrès génétique sur le niveau de production va ralentir, note Rémi Espinasse. Et, au-delà de l’apport nécessaire pour équilibrer la ration, l’efficacité du concentré est faible. C’est donc dans la maîtrise de la production de fourrages et leur valorisation qu’il faut trouver la solution. La rentabilité du système sera aussi essentielle. »

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