RLF (Revue Laitière Française) 23 novembre 2016 à 08h00 | Par P. Jachnik et A-M Paulais

Transformation laitière - Les choix de l’Allemagne

C’est à Berlin que s’est déroulée l’édition 2016 de la convention des transformateurs laitiers allemands. L’occasion de savoir ce que pensent nos voisins d’outre-Rhin.

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Les transformateurs allemands 
continuent de parier sur les
marchés et s’intéressent de plus 
en plus au bien-être animal.
Les transformateurs allemands continuent de parier sur les marchés et s’intéressent de plus en plus au bien-être animal. - © DMK

Lors de la dernière convention de la Fédération allemande de l’industrie laitière (MIV), Peter Stahl, son président, a regretté que l’Union européenne ait cru bien faire en mettant en oeuvre deux paquets laitiers, classique pour le premier, novateur et contestable — et contesté en Allemagne — pour le second. Pour lui, « ce dernier arrive totalement à contretemps, les prix du lait à la production étant déjà repartis à la hausse avant même qu’il soit opérationnel ». « Le rôle de la politique est d’accompagner ceux qui en ont besoin dans les phases d’étiages de ce monde de volatilité, mais pas d’interférer avec les marchés », a martelé le président du MIV, qui estime déraisonnable de s’opposer à la volatilité.

VIVRE AVEC LES MARCHÉS

Propos très proches chez Christian Schmidt, le ministre fédéral de l’Alimentation et de l’Agriculture, qui s’est interrogé : « Quand l’Europe et certains États membres apprendrontils qu’on ne peut remplacer le marché mais que l’on peut, par contre, efficacement accompagner ceux dont l’existence est gravement endommagée par les évolutions induites par les marchés ? » Utilisant un langage simple mais toujours ferme, Christian Schmidt a rappelé aux professionnels que c’est à eux et non pas aux pouvoirs publics de mettre en place des stratégies pour produire le lait dont le monde a besoin. Il a, au passage, incité chacun à sortir de l’immobilisme. Dans une situation où 49 % du lait produit en Allemagne ne trouve pas son débouché sur le marché intérieur allemand, « vous, acteurs du secteur laitier, devez mettre en place, entre vous, des contrats d’approvisionnement. Les pouvoirs publics accompagneront ceux qui veulent vivre avec les marchés », a-t-il claironné !

Le MIV rappelle par ailleurs que le nombre de producteurs de lait continuera de baisser sans que la quantité de lait produite en Allemagne et en Europe ne diminue. L’Allemagne a fait le choix de maintenir l’aide à la limitation de production des exploitations laitières, dans le cadre du dernier paquet, à 14 cents par litre contre 24 cents en France, les 10 cents de différence étant utilisés pour accompagner les restructurations.

BIEN-ÊTRE ANIMAL : UN ENJEU À FINANCER

L’industrie laitière allemande s’est dite préoccupée par le bienêtre animal. Pour le professeur Harald Grethe, de l’université Humboldt de Berlin, le secteur laitier est, jusqu’à présent, resté dans l’ombre sur ce dossier en passe de devenir un débat sociétal majeur. La priorité est d’améliorer les pratiques d’élevages. L’étiquetage des produits issus d’élevages aux pratiques vérifiées semble un voeu pieux, compte tenu de la guerre des prix dans la grande distribution. Même si certains experts estiment qu’à terme entre 20 % et 30 % des consommateurs pourraient accepter de payer plus cher. Une autre option serait la création d’une « taxe » à payer par les producteurs, transformateurs et distributeurs et immanquablement répercutée au consommateur. Il semble que 85 millions d’euros soient déjà disponibles dans le secteur de la viande, les subventions publiques sont estimées à 55 millions d’euros… soit un total de l’ordre de 140 millions d’euros, face aux 3 à 5 milliards d’euros nécessaires, selon une étude récente réalisée pour les pouvoirs publics.

ÉTIQUETAGE DE L’ORIGINE : UNE AFFAIRE DE RÉGIONS

En Allemagne, le MIV, comme le ministère, regrette le « test » d’étiquetage de l’origine mis en place en France avec l’accord de Bruxelles, et craint les dérives protectionnistes. « L’étiquetage de l’origine est important, correspond à une demande sociétale forte, mais ce sont les régions d’Europe ou les bassins de production ou de transformation qui doivent en constituer les cadres géographiques », a indiqué le ministre de l’Agriculture.

82 ENTREPRISES ADHÉRENTES

Le MIV compte, fin 2016, 82 entreprises adhérentes (qui transforment du lait matière première produit en Allemagne). Le MIV compte également 17 entreprises associées, fournisseurs de l’industrie laitière ou entreprises laitières fortement présentes sur le marché allemand, telles Lactalis et Luxlait. Depuis un an, le MIV est présidé par Peter Stahl, CEO de Hochland.

Sur la base des chiffres d’affaires 2014, le « top 10 » des laitiers allemands était, par ordre décroissant (en millions d’euros, le premier chiffre étant celui du CA Allemagne, le second celui du CA Groupe) : DMK (3180/5300), Müller (1600/3700), Arla Foods (1550/10614), FrieslandCampina (1370/11348), Hochwald Foods (680/1589, Bayernland (630/900), Hochland (580/1280), Savencia 500/4600), Meggle (434/1100), Zott (425/955).

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