RLF (Revue Laitière Française) 18 avril 2018 à 09h00 | Par Anne-Sophie Rumigny Passas

Lait de nuit lait A2, la nouvelle Zélande mise sur le lait différencié

Au pays de Fonterra, la responsabilité sociétale des entreprises est une priorité majeure aussi pour les petits acteurs. Valoriser le « clean & green » est une cause nationale.

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En Nouvelle-Zélande, la démarche
RSE n’est pas réservée aux grandes
entreprises. Synlait a mis en place
sa propre démarche RSE avec deux
niveaux de qualification des élevages.
La démarche certifiée va au-delà
de la réglementation et vise à mieux
répondre aux attentes de ses clients.
En Nouvelle-Zélande, la démarche RSE n’est pas réservée aux grandes entreprises. Synlait a mis en place sa propre démarche RSE avec deux niveaux de qualification des élevages. La démarche certifiée va au-delà de la réglementation et vise à mieux répondre aux attentes de ses clients. - © IDELE - C. PERROT

 

Pour se différencier de leurs concurrents internationaux, les laitiers néo-zélandais mettent en avant l’image clean & green de leur pays. Un atout à préserver et un outil marketing, comme le précisent les transformateurs et éleveurs rencontrés lors d’un voyage organisé par l’Institut de l’élevage en janvier 2018. Tout d’abord, Fonterra, principal transformateur laitier du pays, possède sa démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) relative à l’amont. Elle permet de répondre aux nouvelles attentes de la société, souvent relayés par les clients. Mais Fonterra n’est pas seul dans le wagon. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la RSE n’est pas réservée aux grandes entreprises ; il s’agit aussi d’une priorité chez les petits acteurs. Deux exemples : la coopérative Westland Milk Products et l’entreprise Synlait.

 

WESTLAND WAY FOR FARM EXCELLENCE

 

FarmEx – Westland way for farm excellence est la démarche RSE sur l’amont laitier de la coopérative Westland Milk Products. Initiée il y a huit ans et déployée sur le terrain depuis quatre ans, elle a pour but d’aider les producteurs à progresser dans une logique d’amélioration continue en vue de répondre aux nouvelles attentes sociétales. Ces dernières concernent le bien-être animal mais surtout la préservation de l’environnement dans un pays où la gestion, qualitative et quantitative, de l’eau est un véritable enjeu pour l’avenir de la production laitière.

La démarche concerne différentes thématiques : le système et la gestion des effluents ; la gestion du sol et de la fertilisation ; le bien-être animal ; la gestion de l’eau ; l’utilisation de l’eau ; les accès de la ferme ; et la gestion du risque (qu’il soit financier, humain ou sanitaire) et des personnes.

Pour chaque thématique, deux ou trois objectifs sont précisés ainsi que les bonnes pratiques associées. Des exemples de pratiques à améliorer sont également détaillés afin de faire progresser les éleveurs. Cette démarche permet à la coopérative de se prémunir du risque médiatique sur les attentes sociétales en accompagnant les producteurs vers de meilleures pratiques et de conserver ses marchés, voire d’en conquérir, en réassurant ses clients.

 

LA DÉMARCHE LEAD WITH PRIDE DE SYNLAIT

 

L’entreprise privée Synlait déploie aussi chez ses fournisseurs sa propre démarche RSE relative à l’amont : Lead with pride. Débutée en 2014, elle concerne aujourd’hui 51 exploitations sur 198. Les thèmes traités restent identiques : environnement, santé, sécurité, responsabilité sociale, bien-être animal et qualité du lait.

Il existe deux niveaux de qualification pour les élevages : le niveau Gold Plus, accessible au bout d’un an d’effort et récompensé par une prime de 6 centimes de dollars NZ par kilo de matière utile (47 exploitations sont qualifiées à ce niveau) ; le niveau Gold Elite, accessible au bout de deux ans et récompensé par une prime de 12 centimes de dollars NZ par kilo de matière utile (4 fermes sont qualifiées à ce niveau). Ces primes sont accessibles aux éleveurs à condition de respecter un ensemble de règles qui évoluent en fonction des demandes des clients de Synlait, notamment sur l’environnement et le bien-être animal. Ces règles, l’équivalent de 160 pages de texte, sont présentées aux éleveurs et aux auditeurs. En effet, il s’agit d’une démarche certifiée : le respect des règles est vérifié lors d’un audit d’une journée réalisé par un organisme indépendant. Globalement, les exigences vont au-delà de la réglementation et deviennent progressivement obligatoires pour les éleveurs dans l’objectif de répondre aux attentes clients.

 

Des produits différenciants grâce à l’amont

 

Connue pour sa production de poudre grasse pour laquelle elle a peu de concurrence, la Nouvelle-Zélande produit essentiellement des commodités destinées à l’export. D’ailleurs, la Nouvelle-Zélande exporte 95 % de sa production vers 140 pays.

Mais rien n’est immuable. La Nouvelle- Zélande tente depuis quelques années d’apporter de la valeur ajoutée, comme le démontrent les investissements dans le lait infantile, le fromage ou le lait UHT. Fonterra vient ainsi de construire une nouvelle usine qui fabrique de la « mozzarella » en 6 heures. La différenciation permise par l’amont se développe, notamment chez les concurrents de Fonterra, même si elle est limitée et devrait le rester en grande partie. L’entreprise Synlait, notamment, développe des laits différenciés : du lait de vaches exclusivement nourries à l’herbe (sans céréales), et du lait A2. Collecté depuis 2009, ce lait A2 est aujourd’hui produit par 68 fermes qui ne possèdent que des vaches homozygotes A2A2, obtenues après sélection génétique. Ces dernières produisent un lait plus proche du lait maternel humain et les protéines seraient plus digestes. Ces vaches A2A2 produisent toutefois du lait avec des taux butyreux et protéiques similaires aux autres. Les produits réalisés à partir de ce lait A2 sont principalement exportés en Chine et en Australie. Synlait développe également du lait de nuit : avec une traite la nuit, il contient naturellement plus de mélatonine, ce qui favoriserait l’endormissement. Cette logique de différenciation de produits en est à ses débuts. La question peut toutefois être posée : quelles sont les perspectives de développement de ces différenciations ?

 

 

CHIFFRES CLÉS

 

La Nouvelle-Zélande est le 8e producteur mondial de lait
Fonterra : 85 % de la production néo-zélandaise - 10 500 points de collecte
Westland Milk Products : 3,7 % de la production néo-zélandaise
Synlait : 2,9 % de la production néo-zélandaise

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