RLF (Revue Laitière Française) 29 mai 2018 à 14h00 | Par V. Bargain

Mesurer la biodiversité, du territoire à l’exploitation

À l’initiative du Cniel, Biotex, une méthode d’évaluation de la biodiversité ordinaire sur les exploitations, a été mise au point par l’Institut de l’élevage.

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Biotex évalue la biodiversité ordinaire à partir des habitats
donnant un potentiel de biodiversité.
Biotex évalue la biodiversité ordinaire à partir des habitats donnant un potentiel de biodiversité. - © V. Marmuse/Réussir

Avec ses treize millions d’hectares de prairies, haies, mares… l’élevage est un contributeur essentiel à la biodiversité. Pour le faire reconnaître, face aux objectifs de l’Union européenne de stopper l’érosion de la biodiversité d’ici 2020 et de rétablir les services rendus par la biodiversité d’ici 2050, la filière laitière française a engagé en 2013 un projet Casdar, Indibio. Objectif : mettre au point des indicateurs indirects de la biodiversité dans les systèmes d’élevage, intégrant les infrastructures agroécologiques (IAE, telles que les haies, arbres isolés, mares, bords de rivière…) pouvant héberger différentes espèces végétales et animales, et les pratiques agricoles pouvant impacter la biodiversité. « La biodiversité peut se mesurer par des comptages d’espèces, explique Vincent Manneville, de l’Institut de l’élevage. Mais vu le grand nombre d’espèces sur un territoire, des comptages exhaustifs sont impossibles à réaliser. La voie choisie a donc été celle d’indicateurs indirects donnant un potentiel de biodiversité. »

Indibio a abouti à la mise au point de la méthodologie Biotex. L’évaluation prend en compte trois échelles spatiales : le territoire, pour évaluer la complexité paysagère, l’exploitation, pour qualifier les pressions des pratiques agricoles sur la biodiversité, et un niveau spécifique pour les prairies permanentes. « Le rôle des prairies permanentes comme habitat est potentiellement important pour la faune et la flore et est en lien avec de nombreux services écologiques comme la pollinisation et le stockage de carbone », précise Vincent Manneville.

Vincent Manneville,
de l’Institut de l’élevage
Vincent Manneville, de l’Institut de l’élevage - © Idele

 

ÉVALUER UN POTENTIEL DE BIODIVERSITÉ

La première étape de Biotex porte sur l’évaluation du territoire à partir d’une carte satellite. L’intervenant évalue la diversité de la mosaïque formée par les couverts agricoles et note la densité, la connectivité et la répartition des IAE. La même méthode est ensuite appliquée à l’exploitation. Pour apprécier plus finement la capacité d’hébergement de la biodiversité des IAE de l’exploitation, celles-ci sont converties en surface de biodiversité « développée » à partir d’un descriptif simple. Les pratiques de gestion des IAE (taille des haies…) et des cultures (utilisation de pesticides, part de légumineuses dans la SFP…) sont également examinées. Enfin, les prairies permanentes sont classées selon la pression des pratiques sur la flore et la faune (en trois niveaux de régulation écologique. Les différents indicateurs sont ensuite agrégés en sept indicateurs composites représentés sur un diagramme en étoile. En pratique, l’évaluation nécessite une demi-journée sur l’exploitation avec l’agriculteur et une demi-journée de bureau. Biotex a été testée sur 77 élevages français, dont 51 élevages laitiers. La méthode est également utilisée par les AOP de Franche-Comté souhaitant évaluer et maintenir la diversité floristique des exploitations. « Biotex peut servir à la formation des techniciens et offre aux agriculteurs un cadre de réflexion sur la biodiversité, souligne Vincent Manneville. Elle peut aussi permettre d’identifier des leviers pour ajuster la gestion de l’exploitation en faveur de la biodiversité, une biodiversité qui sert également la production. Plus il y a de haies, qui abritent les vaches, plus il y a de chauves-souris qui mangent des mouches. » La méthode est également testée par d’autres pays dans le cadre d’EuroDairy.

Enfin, l’Institut de l’élevage prépare actuellement un document qui servira de cas d’étude européen à la FAO dans son travail pour définir les principes d’évolution de la biodiversité dans le monde.

 

UN MODULE DE BIOTEX INTÉGRÉ DANS CAP’2ER

Jusqu’à présent, la contribution positive de l’atelier lait d’une exploitation à la biodiversité était calculée dans CAP’2ER à partir des surfaces d’intérêt écologique recensées dans Telepac. Mais, à partir de 2018-2019, pour plus de précision et de praticité, cette contribution sera évaluée à partir des surfaces de biodiversité développées calculées selon la méthode Biotex.

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